DA SILVA

 

En 2019, il y a ce drôle de mot qui pourrait résumer la situation de Da Silva. Apatride. Apatride dans un paysage musical du XXIe siècle où l’homme se sent forcément trop à l’étroit. Parce que les frontières, il s’en fiche. Parce que les étiquettes, les castes, les classes, il déteste, même s’il semble évident qu’il appartient à une lignée qui irait de Charles Aznavour à Daniel Darc.
Depuis son apparition sur le devant de la scène en 2004 – et le single décisif "L’Indécision", l’homme a emprunté les directions qui l’ont souvent mené là où personne ne l’attendait. Car entre deux albums studio, les succès et les tournées, il a écrit pour les enfants, mis son talent de compositeur, auteur et producteur au service des autres, assouvi ses passions, cultivé des amitiés et peut-être quelques inimitiés aussi.
Il semble loin le temps des premiers tâtonnements, des premiers pas, des premiers enregistrements, des premières aventures, du rock déglingué, du temps de l’adolescence à Nevers pour ce Rennais d’adoption qui ne prend jamais rien pour acquis. Se remettre en question, se mettre en danger, tout balayer d’un revers de main pour tout recommencer. “Aujourd’hui, je crois que je suis à la recherche de la première émotion que j'ai ressentie quand j' ai écouté The Cure à l’âge de 13 ans”. Alors, bien sûr, comme tous ceux qui pensent quelque chose impossible, il n’a plus eu qu’une idée en tête : renouer avec ces premiers vertiges. Derrière une pochette en guise d’hommage à la bande originale de Five Days From Home signée Bill Conti, "Au revoir chagrin" dévoile dix chansons (et ici, ce n’est pas un mot à prendre à la légère) aux personnalités bien trempées. Des chansons qui flirtent avec la pop (« S’agapo »), le reggae (« Le Garçon »), la valse (« Rien »), prennent un accent brésilien (« Loin ») ou mariachi (« À l’endroit de la douleur »). Des chansons où l’on croit apercevoir les silhouettes de Tom Waits, Jean-Louis Murat et Brigitte Fontaine, où l’esprit du label Saravah semble s’être glissé dans les silences, où l’on croise Sylvie Hoarau de Brigitte ou Hakim Hamadouche, un proche du regretté Rachid Taha.

Épris comme jamais de cette liberté qui lui colle pourtant à la peau comme ces tatouages qu’il affectionne, entouré d’une garde rapprochée Nicolas Fiszman à basse, aux guitares et coréalisateur du disque, Denis Benarosh à batterie, Reyn Ouwehand aux claviers, Olivier Bodson aux cuivres, Da Silva a pris ses responsabilités pour imaginer un album exotique et métissé, une invitation à un voyage musical et mélodique « loin du monde » tel qu’on le connait aujourd’hui.
Un voyage pour lequel on se contentera de prendre un aller simple.

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